Les philanthropes potentiels se disent souvent freinés par trois obstacles majeurs : le manque de confiance, de temps et de connaissances. La fondation EPIC a été lancée il y a 10 ans en se donnant pour mission de lever ces objections. L’idée : faciliter le lien entre, d’un côté, des associations qui apportent des solutions sur des enjeux urgents de notre époque et, de l’autre, des individus et des entreprises qui veulent contribuer à un changement positif.

À l’occasion de la dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, l’Institut Pasteur a accueilli Sarah Tirmarche, directrice générale de la fondation EPIC. Tout au long de l’échange, elle apporte un éclairage sur le modèle défendu reposant sur le financement non fléché et des collaborations pluriannuelles structurées entre associations rigoureusement sélectionnées et philanthropes, au plus près des réalités de terrain de chacun. Résultats, les financements deviennent stratégiques, les partenariats vertueux et l’impact est multiplié.

Elle met aussi en lumière la School of Philanthropy, crée il y a un an au sein de la fondation. Plus qu’une session pédagogique, la formation instaure un espace de dialogue permettant aux associations et aux donateurs de mieux se comprendre.

Une discussion passionnante invitant à repenser les pratiques culturelles, face à la diversité des profils de philanthropes existants et potentiels.

Les professionnels de la philanthropie identifient souvent trois freins majeurs à l’engagement des philanthropes. C’est précisément pour lever ces obstacles que la fondation EPIC a été créée il y a dix ans. Sa mission : faciliter la rencontre entre, d’un côté, des associations qui apportent des réponses concrètes à des enjeux sociétaux et, de l’autre, des donateurs et des entreprises désireux de contribuer à un changement positif et durable. 

À l’occasion de cette rencontre du Think Tank de la Philanthropie à l’Institut Pasteur, Sarah Tirmarche, directrice générale d’EPIC, a apporté un éclairage sur les enjeux du financement stratégique et sur la multiplication de l’impact rendue possible par une relation de confiance entre donateurs et associations. Dans un contexte de forte tension pour le secteur de l’intérêt général, EPIC a enrichi son action il y a un an avec le lancement de la School of Philanthropy

Cette formation vise à mieux rendre compte des réalités de terrain, à créer un espace de dialogue ouvert entre associations et donateurs et à instaurer des collaborations pérennes. Ces dernières sont fondées sur l’existant et compatibles avec les contraintes de chaque partie prenante. Plus qu’une session pédagogique, la School of Philanthropy s’appuie sur un travail de sélection rigoureux et de suivi des associations mené par EPIC, afin de construire une relation de confiance agile et un impact vertueux. 

Les échanges ont également questionné les pratiques traditionnelles de financement, notamment le recours au reporting parfois trop exigeant et aux financements fléchés. Une vision stratégique et alternative est défendue : plus souple, plus respectueuse des besoins des associatives et, in fine, plus impactante sur le long terme. Un débat passionnant et stimulant avec les membres du Think Tank, invitant à repenser les cadres existants au profit de relations partenariales reposant sur la confiance, la compréhension des réalités de chacun et l’adaptabilité.

Dans un contexte politique bousculé, où la défiance gagne les institutions et les imaginaires collectifs, la question du rôle de la philanthropie se pose sous un nouveau prisme. Il n’apparait plus possible de penser la philanthropie sans interroger sa contribution à la vitalité démocratique.

Lors de notre dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, Élisabeth Dau, directrice des études de la coopérative Fréquence Commune, a rappelé qu’en France, seulement 2% des fonds et fondations agissent directement en faveur de la démocratie et de la justice sociale.

Pour elle, la philanthropie ne peut plus se concevoir en marge du politique : elle doit devenir un levier du commun, en soutenant les initiatives locales qui réinventent la participation et la gouvernance.

Des expériences issues du néo-municipalisme, de Saillans à Poitiers, prouvent qu’un autre rapport au pouvoir est possible de façon plus horizontale, plus collective et plus incarnée. La philanthropie a joué un rôle important cette décennie en soutenant les expérimentations, la réflexion et la transformation sociale.

À présent, elle appelle ainsi à reconnaître la démocratie comme une cause d’intérêt général, à soutenir les acteurs de la réinvention citoyenne, à démocratiser la philanthropie elle-même et à se structurer. Comme elle le souligne, la démocratie n’est pas un risque pour la philanthropie, mais bien sa condition de légitimité et elle l’incite à assumer sa visée.

Un échange passionnant avec les membres du Think Tank, faisant émerger de nombreuses discussions, aussi bien pragmatiques que teintées d’optimisme.

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Dans un contexte politique traversé par la défiance, où les fondations deviennent à la fois indispensables autant que fragilisées et où le collectif cherche ses repères, la question du rôle de la philanthropie se pose à travers un nouveau prisme. Comment peut-elle contribuer à la démocratie et par quels biais ?

Lors de notre dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, Élisabeth Dau, directrice des études de la coopérative Fréquence Commune, a partagé un constat saisissant : en France, seulement 2 % des fonds et fondations agissent directement pour la démocratie et la justice sociale. 

Pour elle, la philanthropie ne peut plus rester dans une posture d’observatrice bienveillante. Elle doit redevenir un levier du commun, une force d’expérimentation démocratique à part entière. De Saillans à Poitiers, les initiatives issues du néo-municipalisme montrent qu’un autre rapport de gouvernance est possible : plus horizontal, plus collectif et plus incarné. Ces expériences rappellent qu’il existe, au cœur des territoires, une énergie démocratique qui ne demande qu’à être reconnue et soutenue. 

La philanthropie a déjà accompagné ces dynamiques, en étant pionnière d’expérimentations sociales, en favorisant la rencontre et la diffusion des idées. Mais, selon Élisabeth Dau, elle promeut une nouvelle ère et appelle à reconnaître la démocratie comme une cause d’intérêt général à part entière, soutenant celles et ceux qui la réinventent au quotidien. La philanthropie doit également se démocratiser elle-même en ouvrant ses gouvernances et ses décisions.

Elle souligne enfin que derrière les enjeux politiques, souvent associés aux risques, il y a des enjeux de vivre ensemble, de justice sociale et de transformation écologique. Autant de terrains où la philanthropie a vocation à être un acteur éthique, de lien et en adéquation avec sa raison d’être.

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Comment repenser la place de la philanthropie dans une démocratie marquée par des crises multiples ? Comment l’inscrire dans une dynamique plus ouverte, plus participative, en lien avec les acteurs soucieux de l’intérêt général ?

À l’occasion de la dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, l’Institut Pasteur a accueilli Suzanne Gorge et Jean-Marie Bergère, tous deux co-auteurs du rapport sur la rôle et la place de la philanthropie dans une démocratie publié en 2022. Trois ans après la publication, ils ont partagé l’actualisation de leurs analyses et leur éclairage sur la situation actuelle en France, dans un contexte géopolitique bouleversé.

Tout au long de l’échange, ils ont mis en lumière les conditions d’une philanthropie à la fois plus légitime et plus structurée : gouvernance élargie, dialogue avec les pouvoirs publics, professionnalisation du secteur, mais aussi une plus grande capacité à expérimenter de nouvelles approches face à des défis complexes.

Leurs propositions visent à permettre l’émergence d’une philanthropie en meilleure interaction avec la société, connectée aux réalités de terrain et capable d’agir sur les causes profondes des fractures sociales qui prennent de l’ampleur. Et ce, en insufflant un élan d’optimisme et plus d’engagement.

Loin d’être un simple geste de générosité, la philanthropie est aussi un acte politique. Dans un contexte marqué par de fortes tensions sociales, économiques et géopolitiques croissantes, aussi bien en France qu’à l’international, la place et le rôle de la philanthropie sont aujourd’hui nécessairement interrogés. 

En 2022, Terra Nova publiait un rapport pour éclairer les enjeux de légitimité, de gouvernance et d’efficacité du secteur philanthropique au sein d’une démocratie. Trois ans plus tard, lors de notre dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie, Suzanne Gorge, directrice adjointe de Terra Nova, et Jean-Marie Bergère, membre du comité Acteur du changement, ont partagé leur vision sur l’évolution du secteur.

Le constat demeure partiellement inchangé : les deux visions antagonistes subsistent avec d’un côté, une philanthropie perçue comme vertueuse, porteuse de transformation sociale et complémentaire à l’action publique. De l’autre, celle d’une privatisation de l’intérêt général, parfois perçue comme contournant les mécanismes démocratiques. Entre ces deux pôles, plusieurs leviers d’action émergent tels qu’encourager une philanthropie plus participative, en valorisant les petits donateurs ; promouvoir une gouvernance plurielle et élargie, en y intégrant les bénéficiaires ; sensibiliser les acteurs publics et favoriser l’expérimentation sociale ou encore, instaurer un dialogue en continu avec l’État afin d’articuler au mieux les complémentarités. Enfin, la professionnalisation du secteur apparaît comme un enjeu indéniable pour assurer la qualité et la pérennité des actions menées.

Alors que le socle social est fragilisé, que les moyens publics se resserrent, la philanthropie devrait ainsi être amenée à se structurer, se positionner et s’engager. Non pas pour se substituer à l’État, mais pour contribuer à faire face aux grands défis collectifs, en adoptant une approche systémique. Une discussion passionnante en tandem, suscitant de nombreux débats avec les membres du Think Tank, à forte résonance avec l’actualité.

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Comment intégrer de manière structurelle les enjeux environnementaux dans les pratiques philanthropiques, indépendamment de la cause soutenue ? 

S’il y a bien un secteur pluriel, c’est celui de la philanthropie. Les missions et combats sont aussi variés que les modalités d’actions. Pourtant, il y a une problématique universelle qui prédomine : l’empreinte environnemental qu’elle génère. Les actions philanthropiques doivent la prendre en compte et tenter de la réduire. Et celle-ci ne se limite pas aux organisations où la mission même est d’agir afin de protéger l’environnement.

Le Think Tank de la Philanthropie a reçu Guillaume Decitre, philanthrope au parcours étonnant, qui intègre la dimension de responsabilité environnementale dans son combat pour la culture.

Après un début de carrière dans le domaine des technologies d’innovation, c’est lors d’un demi-tour du monde à la voile qu’il prend conscience des enjeux environnementaux. Par la suite, en dirigeant les librairies Decitre, il engage plusieurs initiatives philanthropiques avec la volonté constante de promouvoir l’accès à la culture.

Un échange passionnant et inspirant, où Guillaume Decitre illustre diverses actions philanthropiques entreprises, avec l’association Lire et Sourire, ou encore avec la Coalition française des fondations pour le Climat.

Philanthrope au parcours singulier, Guillaume Decitre amorce en 2006 un tournant personnel lors d’un demi-tour du monde à la voile, qui ancre sa prise de conscience des enjeux environnementaux. De retour en France, il prend la direction des librairies Decitre, puis fonde Vivlio, acteur majeur du livre numérique. Depuis, il développe des initiatives philanthropiques promouvant l’accès aux livres et à la culture.

À l’occasion du dernier Think Tank de la Philanthropie, Guillaume Decitre a partagé une réflexion essentielle : comment faire évoluer notre modèle de société vers une plus grande implication citoyenne face aux défis écologiques et sociaux ? Quels leviers pour concilier impact local, sobriété écologique et pérennité des actions ?

À travers ses engagements, il démontre que cette intégration est possible, mais aussi nécessaire pour faire face aux enjeux environnementaux. Tout au long de l’échange, il porte la conviction que si la philanthropie adopte cette exigence écologique, elle peut jouer un rôle d’entraînement. En montrant l’exemple, elle ouvre ainsi la voie à une dynamique vertueuse, susceptible d’inspirer d’autres secteurs et d’être moteur de transformation collective.

Une discussion passionnante avec les membres du Think Tank, où Guillaume Decitre illustre diverses actions philanthropiques, avec l’association Lire et Sourire, ou encore avec la Coalition française des fondations pour le Climat.

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Depuis 2009, Christophe Poline est directeur des investissements solidaires au sein du programme Corporate Citizenship de Schneider Electric. Après avoir mis en place le système d’épargne salariale solidaire de l’entreprise en France, il en gère le volet solidaire. Ce fonds investit principalement en France et en Europe dans des entreprises solidaires luttant contre la précarité énergétique. En 2015, il a piloté la création d’un fonds d’impact de 75 millions d’euros dédié à l’électrification rurale en Afrique Subsaharienne, en partenariat avec d’importantes banques de développement européennes. Enfin, en 2019, il a lancé un véhicule financier visant à améliorer l’accès à l’énergie en Asie du Sud et du Sud-Est.

Durant son intervention au Think Tank de la Philanthropie, il est revenu sur les différents volets de ces programmes, en soulignant notamment l’importance du travail en synergie entre la fondation de l’entreprise et l’activité des fonds à impact. L’investissement solidaire n’est pas le seul levier d’engagement de l’entreprise : comment Schneider Electric articule ses actions, en alliant une approche locale et des initiatives à portée mondiale.

Une discussion passionnante qui a permis de mieux comprendre l’approche de l’entreprise en matière de création de partenariats entre ses fonds à impact et des banques d’investissement.

 Christophe Poline est directeur des investissements solidaires chez Schneider Electric depuis 2009. Après avoir mis en place le système d’épargne salariale solidaire de Schneider Electric en France, il en assure la gestion du volet solidaire, qui investit en France et en Europe dans des entreprises luttant contre la précarité énergétique. Il a également piloté la création d’un fonds d’impact pour l’électrification rurale en Afrique subsaharienne et lancé un véhicule destiné à l’accès à l’énergie en Asie du Sud et du Sud-Est.

En 2009, 1,2 milliard de personnes dans le monde n’avaient pas accès à l’électricité. Aujourd’hui, 800 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique. Cette situation dépasse l’enjeu financier car elle affecte également la santé, la vie sociale, la réussite scolaire des enfants et, plus globalement, le retour à l’emploi.

Ce mardi 11 février, Christophe Poline est revenu, lors de la rencontre du Think Tank de la Philanthropie, sur les différents volets de ces programmes. Au-delà des ressources financières dont dispose Schneider Electric, il est essentiel de nouer des partenariats locaux pour développer des fonds et investir dans des structures qui permettent d’élargir les investissements, d’améliorer la connaissance des enjeux territoriaux et de favoriser le développement d’instruments, en s’appuyant sur une énergie plus propre.

En prolongement des logiques d’investissement, Christophe Poline a souligné l’importance du travail en synergie entre la Fondation Schneider Electric et l’activité des fonds à impact, puisque ces deux leviers de financement contribuent conjointement à la résolution de problématiques aussi bien en France qu’en Afrique subsaharienne et en Asie de l’Est.

Une discussion passionnante avec les experts du Think Tank pour mieux comprendre comment Schneider Electric s’est imposée comme une entreprise pionnière en matière de fonds à impact.