Anna Choury : Quand la philanthropie se confronte à l’intelligence artificielle

Dans un contexte où l’intelligence artificielle s’impose comme un fait incontournable du débat public, entre fascination et mise en garde, la philanthropie ne peut plus faire l’impasse sur les conditions dans lesquelles elle  choisit, ou non, de s’y engager.

Lors de notre dernière rencontre du Think Tank de la Philanthropie à l’Institut Pasteur, Anna Choury, mathématicienne et ingénieure, fondatrice du collectif Maathics et directrice scientifique du MOOC Objectif IA d’OpenClassrooms, a proposé une lecture structurée et exigeante de l’IA contemporaine : de la géopolitique du numérique à la trajectoire d’OpenAI, en passant par les critères d’une IA véritablement d’intérêt général et les différences avec l’IA de confiance.

Pour elle, la question n’est pas de savoir s’il faut utiliser l’IA générative, mais dans quelles conditions son usage reste compatible avec une logique de pluralisme technologique, de maîtrise des dépendance et d’intérêt général. Elle a rappelé qu’il existe une différence fondamentale entre construire la plus grande IA du monde et développer de bonnes IA au service du bien commun : une distinction que le secteur philanthropique a précisément les moyens d’incarner.

Anna Choury a identifié deux voies concrètes pour y contribuer : financer à grande échelle un acteur d’IA d’intérêt général, ou soutenir des communs numériques d’IA, sobres, contextualisés et dotés d’une gouvernance partagée. Elle a également souligné le rôle structurant que la philanthropie peut jouer en soutenant les associations d’éducation aux usages numériques, à mesure que les financements publics se retirent. 

En conclusion, Anna Choury a insisté sur le fait que le levier le décisif n’est pas technique mais culturel : rouvrir un espace d’imaginaires positifs pour les jeunes et les ingénieures eux-mêmes, face à une dystopie ambiante. Si nous voulons un progrès, et non une simple innovation, il faut que cela vienne d’un imaginaire positif.

Un échange dense et stimulant avec les membres du Think Tank, qui a permis d’aborder des questions aussi concrètes que la bulle financière de l’IA, la dépendance des infrastructures européennes, ou encore l’impact cognitif de l’IA sur les jeunes générations.